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  • Les leçons du référendum.

    Ce que l’on attend en ce moment dans les médias, suite au référendum, me met hors de moi !
    Une fois pour toute : il y a eu vote, le résultat s’impose à chacun, c’est le jeu démocratique.

    Ce qui inadmissible, c’est l’interprétation que certains font des résultats. C’est la volonté de donner au scrutin une signification qu’il n’a pas !

    Nous sommes dans un système qui a ses règles. Qu’on le veuille ou non, comme le résultat, ces règles s’imposent à nous. Elles sont simples : chaque scrutin a un but précis. Vouloir en modifier l’enjeu relève de la pure mal honnêteté !
    Finissons-en tout de suite avec le référendum lui-même : les partisans du “non“ réclament que l’on tienne compte de leur refus. C’est légitime. Ils demandent que la France porte la “bonne parole“ du “non“ au Conseil. Problème ! Il n’y a pas synthèse possible du “non“. Le dire soulève un tollé quasi général : comment peut-on mélanger les refus de l’extrême droite, des souverainistes, de l’extrême gauche, des dissidents socialistes… et j’en passe !
    Mais comment pourrait-il en être autrement ? Entre ceux qui trouvaient ce texte trop libéral, ceux qui le trouvaient trop social, ceux pour qui il n’allait pas assez loin dans la défense des libertés, ceux qui refusaient certaines des libertés reconnues… Il y a autant d’interprétations que de groupes qui ont appelés à voter “non“. Alors de quel droit devrait-on privilégier l’une des thèses par rapport aux autres ?

    Plus généralement, la première leçon à en tirer est une méconnaissance des règles de bases de notre démocratie. Le peuple français vote, son choix est souverain ! Mais comme le pouvoir n’appartient pas à la rue (je pense ici à tous ceux qui éspèrent influer sur l'avenir du pays en mettant dans la rue une minorité fortement médiatisée), il n'appartient pas aux Français de changer les règles du jeu en cours de partie !
    Quand on élit les députés, donc indirectement un gouvernement, c’est pour une durée déterminée par la Constitution, c’est sur un programme prévu pour être déroulé sur cette durée.
    Ce que l’on accorde volontiers à une équipe municipale est refusé à l’équipe gouvernementale.
    Que ceux qui trouvent cette durée trop longue mettent à profit les prochaines élections législatives pour proposer cette réforme dans leur programme et se faire élire à l'Assemblée !

    La faute en incombe en grande partie à ceux qui ont souhaité faire des élections régionales un test national. Ce que ces élections n’étaient pas, ne pouvaient pas être, ne devaient pas être !
    Ce faisant, ces mêmes dirigeants ont ouvert la boîte de Pandore. Le résultat ne s’est pas fait attendre : le retour de bâton a eu lieu le 29 juin.
    Comment voulez-vous expliquer à des électeurs qui, faute de véritable instruction civique (encore un vaste problème) et mal informés, ont été convaincus que leur voix devait être prise en compte lors du précédent scrutin, qu’elle ne le serait pas cette fois-ci ?
    Au contraire, frustré de ne pas avoir été entendu une première fois, ils ont souhaité amplifier le mouvement ! Mais cette protestation n’avait pas plus de légitimité que la première fois !

    L’un des plus grand virtuose de la langue de bois démagogique n’avait pas hésité à demander la démission du Président de la République, là encore un précédent célèbre ne doit pas fausser notre perception des vrais enjeux !
    Et enfin, parce qu’une majorité de nos concitoyens a fait un choix, cela lui donne-t-il forcément raison ? L'histoire nous a démontré à plusieurs reprises le contraire.

    Je ne voudrais pas être à la place des chantres du “non“ dans les mois qui viennent. Je ne parle pas de ceux qui ont sincèrement défendu leurs positions anti-européennes, je pense à ceux qui ont fait un choix purement démagogique en vue de se placer pour les prochaines échéances, pour relancer un parti moribond ou simplement retrouver un peu de vigueur médiatique. Leurs mensonges vont être révélés plus vite que prévu : on pourra compter sur nous pour les rappeler aux électeurs à la mémoire un peu courte lors des prochaines échéances !

  • Nos hommes politiques ne savent pas communiquer (5)

    Recadrer la vie politique

    La vie politique est totalement faussée.
    Nous sommes, depuis quelques années déjà, dans la civilisation du zapping : j’aime, j’aime plus, j’aime bien mais je vais quand même voir ailleurs si ça n’est pas mieux…
    Le “tout, tout de suite“ a remplacé le “mieux vaut tenir que courir“, attitude de ceux qui ont connu les privations et les difficultés de l’après-guerre et, qui par là même, savait apprécier à sa juste mesure le plus petit progrès.
    Ces principes, bien connus dans l’univers de la publicité et du marketing, ont été totalement ignorés par le monde politique. Les hommes politiques ont continué à proposer leurs programmes, leur vision de la société à des Français qui n’avaient plus la même grille de décodage.
    Mais la responsabilité est partagée : dans une société en perpétuel mouvement, les Français ont beaucoup de mal à admettre à comprendre qu’une décision politique ne soit pas suivie d’effet immédiat. Est-ce le résultat des faiblesses de notre système éducatif ? Le fonctionnement de nos institutions est-ils suffisamment connu ? N’est-il pas urgent de revoir sérieusement l’enseignement en matière d’instruction civique ?
    Les Français n’ont plus réellement la notion exacte de ce qu’est une échéance électorale. L’attitude de l’opposition (quelle qu’elle soit, car tant la gauche que la droite ont pratiqué ce petit jeu) a contribué à semer le trouble dans l’esprit de nos concitoyens.
    Je reprendrais le cas des élections régionales de 2004.
    Il s’agissait de remplacer les exécutifs régionaux, rien de plus. La gauche a voulu en faire une vaste campagne anti-gouvernementale, ce que cette élection ne devait pas, ne pouvait pas, être. Il est donc tout à fait normal que les Français, à l’issue du scrutin, manifestent leur mécontentement quand, fort logiquement, ils constatent que leur vote ne produit aucun effet sur la politique du gouvernement.
    Fort logiquement, car ce n’était pas l’enjeu réel.
    Et cela, les Français ont du mal à l’admettre. Pourtant, qui pourrait imaginer en prenant l’avion pour une destination donnée, de demander en plein vol à changer d’équipage et de destination ?
    Une élection relève d’un choix identique : les Français choisissent un programme ainsi que des femmes et des hommes chargés de le mettre en œuvre dans une durée donnée.
    Le premier axe de communication à mettre en œuvre est de fixer l’action (présidentielle, législative, régionale, départementale, communale…) dans la durée. Et d’en rappeler les limites ! Je garde en mémoire des élections cantonales au cours desquelles le thème de l’insécurité et de l’immigration a été largement évoqués alors que le Conseil Général n’a aucune compétence dans ces domaines. Mensonges, certes, mais qui ont faussé les débats et occultés les vrais problèmes.

    Nous sommes dans une société de l’information et de la communication tout azimut. Le monde politique est resté trop en retrait, et ce n’est pas la prolifération des conseillers en communication qui ont aidé nos Politiques à modifier leur image ou qui nous ont asséné telle ou telle formule choc, qui a changé quoi que ce soit au problème.
    On a communiqué sur la forme (ce qui est nécessaire), on a oublié le fond, estimant sans doute (mais à tort) que les Français avaient les bases indispensables.
    Et cela est la version optimiste, je ne parle même pas de certains responsables politiques pour lesquels les Français n’ont pas besoin de comprendre les enjeux d’une élection et pour lesquels seul compte le résultat. La démagogie, elle, ne nécessite pas d’énormes efforts de communication !

    On peut considérer le problèmes sous tous les angles imaginables, il n’y a pas beaucoup de solutions pour remettre la vie politique française sur ses rails : éduquer, informer… communiquer. Mais efficacement !

  • Nos hommes politiques ne savent pas communiquer (4)

    Petit état des lieux

    La société française a considérablement évolué au cours des dernières années. Le dire semble être une évidence, mais est-ce aussi évident pour tout le monde ?
    A priori, oui. Du moins si l’on prend en compte les diagnostics émis par les leaders politiques au cours des dernières années. A commencer par celui, brillant, de Jacques Chirac sur la fracture sociale, complété par celui de Jean-Pierre Raffarin sur la “France d’en bas“.
    Mais à l’arrivée, à quels résultats ces diagnostics ont-ils aboutis ?
    Selon leur engagement et leurs convictions, les uns vous démontreront, chiffres à l’appui, que de vraies mesures ont été prises, que les choses sont en voie d’amélioration. Les autres, avec la même sincérité, vous prouveront que, non seulement rien n’a été fait, mais que les inégalités se sont creusées.
    Qui a tort ? Qui à raison ?
    Match nul, balle au centre : les deux camps ont raison. La vérité est équitablement partagée, tout comme la mauvaise foi !
    Et la grande phrase a été lâchée : les deux camps !

    Oh bien sûr, cette bipolarisation de la vie politique n’est pas spécifiquement française, républicains et démocrates aux Etats-Unis, travaillistes et conservateurs en Grande-Bretagne… les exemples ne manquent pas.
    Non, notre spécificité est la “bipolarisation fluctuante“ : le Français choisit son camp, défend vigoureusement son “engagement“, mais n’hésitera pas à se renier avec la même sincérité quelques mois plus tard !
    Et cela, je l’ai constaté à maintes reprises, il suffit de prendre les résultats d’élections locales dans des quartiers dits populaires. La comparaison des chiffres des tours permet alors de vérifier le report des voix de l’extrême droite sur un candidat socialiste, lequel n’a rien demandé et est même, souvent, plutôt embarrassé par ce vote.
    On tente de nous expliquer alors qu’il s’agissait là de votes de protestation, que les électeurs ont voulu donner un avertissement au monde politique…
    Mais qu’est-ce que ça veut dire, un vote de protestation ?
    Soyons clair : lors d’une élection (hors référendum, qui est un cas particulier) chaque candidat présente un programme, le choix devrait donc porter sur ce programme et rien d’autre.
    Comment se fait-il que lors d’élections régionales, les Français estiment-ils pouvoir infléchir la politique nationale ?
    Comment, lors d’un scrutin européen, est-ce le gouvernement français qui devient la cible des critiques ?
    On peut comprendre l’exaspération de ceux qui sont en difficulté, qui ont envie que les choses changent rapidement, mais là encore, paradoxe ! Ce sont ceux qui réclament le plus des changements rapides qui s’opposent aux évolutions nécessaires.
    Et nous en revenons toujours au même point : la communication. Dire qu’il faut réformer, exposer le problème, c’est bien. Mais a-t-on suffisamment expliquer les récentes réformes ? Certes, il y a eu des débats, des réunions… Un effort a visiblement été fait, mais une fois encore, totalement à côté de la plaque !
    Prenons le cas de la réforme scolaire. François Fillon avait parfaitement compris le besoin d’implication des Français, il avait souhaité un vaste débat. Ce débat a eu lieu. Le résultat : des manifestations, le retrait d’une partie du projet, le désaveu d’un ministre qui avait sincèrement et honnêtement tenté de jouer le jeu de la concertation. Rappelez-vous les unes des journaux, n’avait-on pas l’impression que toute la jeunesse de France était dans la rue ?
    Et pourtant la réalité était toute autre : 10 % d’étudiants dans la rue !
    Une nouvelle fois, une minorité agissante imposait sa manière de voir les choses. Or moi, j’ai toujours appris qu’en démocratie, c’est la majorité qui décidait !
    Et je ne reviendrais pas sur la grève des intermittents du spectacle, où l’on a vu à la pointe de la contestation au syndicat défendre un statut qu’il avait violemment combattu (et refusé de signer) quelques années au paravent !

    Alors je persiste et je signe :nous n’avons pas su expliquer les véritables enjeux de nos réformes. Et comme je l’ai déjà dit à maintes reprises, ce ne sont pas la qualité et la compétence des hommes chargés de la communication du gouvernement ou des partis qui sont en cause, mais bien leur éloignement de ce que l’on a appelé la “France d’en bas“.
    Et même cela, ce n’est pas un reproche : il est difficile de rester totalement connecté aux réalités du terrain quand on passe 10 ou 12 heures dans un bureau, entouré de gens qui sont convaincus, et de toute bonne foi, avoir pris les bonnes décisions. Les choses semblent tellement évidentes qu’il est difficile d’admettre qu’elles ne le soient pas pour tout le monde.

    Aujourd’hui, les Français attendent des résultats immédiats, or nous savons tous que gouverner c’est prévoir, donc agir à moyen et long terme. Malheureusement une action à long terme et des résultats rapides sont deux choses incompatibles.

    Le Français d’aujourd’hui me fait irrésistiblement penser à l’Antigone de Jean Anouilh : “Moi, je veux tout, tout de suite, – et que ce soit entier – ou alors je refuse ! Je ne veux pas être modeste, moi, et me contenter d'un petit morceau si j'ai été bien sage. Je veux être sûre de tout aujourd'hui...“

    (à suivre)