31/05/2005

Nos hommes politiques ne savent pas communiquer (2)

Petit rappel du contexte.

Tout d’abord, qu’est-ce qu’un politique ?
Entendons-nous une fois pour toute sur le terme choisi ici : le Politique.
J’ai à dessein choisi ce mot, très générique, pour désigner à la fois la femme ou l’homme politique (parité et égalité obligent, mais il serait fastidieux de répéter à chaque fois “la femme ou/et l’homme politique“) mais également un monde, un univers, un microcosme comme se plairait à le dire un éminent homme d’état.

Le Politique a des convictions : c’est une évidence. Ou du moins, ce devrait en être une.

Qu’est-ce qui motive une femme ou un homme, simple citoyen, à franchir un jour le pas et à s’engager en politique ?
Nombreux sont les Français qui ont des convictions profondes, parfois des certitudes, voire une envie de faire bouger les choses. Pourtant, jamais ils ne prendront la décision de s’engager plus activement.

Qu’est-ce qui fait, qu’un jour, le citoyen décide de prendre une part active dans la vie de la cité ? Souvent, l’engagement est le résultat d’une rencontre, d’une circonstance particulière.
L’approche de grandes échéances peut être déterminante. Tous les responsables politiques vous le diront : il est difficile de recruter dans les périodes inter-électorales.
Encore faut-il hiérarchiser l’engagement.
Simple militant, certains se sont engagés par tradition familiale ou au moment d’une élection, ou encore parce qu’ils ont été sollicités et que la chose leur a semblé évidente à ce moment-là. Ce sont les plus nombreux, la base électorale de tout parti. D’autres ont envie de servir “la cause“, ce sont les militants actifs, ceux qui participent aux opérations de tractage et d’affichage. Et enfin, les moins nombreux, ceux qui veulent faire bouger les choses et s’investir plus à fond, ceux qui ont entendu l’appel.
Ce sont ces derniers qui se présentent aux élections, briguent les mandats et les fonctions.
Ce sont ceux-là qui sont honnis, vilipendés, cloués au pilori…Car s’il faut de l’abnégation pour atteindre ce stade, il faut aussi une bonne dose de volonté et d’ambition. Or l’ambition n’a pas bonne presse dans notre société : vouloir “réussir“ en politique, ça cache forcément quelque chose ! C’est bien connu, les politiques sont tous pourris, ils ne pensent qu’à se remplir les poches !
Paradoxe : quand on va les voir c’est souvent pour qu’ils nous aident à résoudre nos petits problèmes personnels.
À ce stade, il est bon de rappeler un des principes moteurs de notre société : ce qui représente un avantage pour nous est un acquis social inaliénable, l’avantage dont bénéficie le voisin est un privilège exorbitant !

Nous venons de poser la première pierre de l’édifice, à savoir la définition (ma définition) du Politique, voyons la seconde :en quoi consiste le fait de communiquer pour ce Politique.

Le Politique a des convictions, il doit les exprimer, les diffuser et (si possible) y faire adhérer le plus grand nombre possible de ses concitoyens. C’est en cela qu’il est amené à communiquer. Pourrait-on imaginer le Politique le plus convaincu de porter les idées les plus intéressantes rester tranquillement assis dans son bureau, sans se soucier le moins du monde de les partager ?
Ce serait la négation même de la fonction politique !
Le Politique est un porte-drapeau, un chef de file (quelle que soit l’ampleur de la file).

« Ralliez-vous à mon panache blanc ! »
N’est pas Henri IV qui veut, et autres temps, autres mœurs. De nos jours, il y aurait bien une voix qui s’élèverait, dominant la clameur du champ de bataille :
« Se rallier ? Mais pourquoi ? »
Et encore, je vous fais la version light, car à n’en pas douter, il y aurait un petit malin pour demander :
« Pourquoi blanc, le panache ? »
Donc, il faut convaincre. Convaincre, donc argumenter.
Que constate-t-on le plus souvent lors de réunions ? Les participants posent des questions auxquelles le Politique était persuadé avoir apporté la réponse dans son argumentation initiale. Deux hypothèses : soit cet argument a été mal compris, soit il n’a pas été entendu. Gênant ! Surtout quand on sait que seuls participent à ce genre de réunions des personnes a priori informées !
La campagne pour le referendum visant à adopter ou non le Traité Constitutionnel Européen a été une formidable démonstration de cette incompréhension.
Incompréhension mutuelle !
En effet, il apparaissait comme évident que, non seulement les participants aux diverses réunions auxquelles j’ai assisté n’avaient pas compris les arguments qui leur avaient été exposés, mais que les éminents politiques eux-mêmes ne comprenaient pas que l’on ne puisse pas comprendre leurs arguments !
Le serpent qui se mord la queue !

Depuis quelques années le fossé s’est creusé entre les politiques et les Français. Cette incompréhension en est certainement l’une des causes principales.
Il ne peut être question de manque d’information, celle-ci existe, encore faut-il savoir où la trouver. (à suivre...)

Nos hommes politiques ne savent pas communiquer (1)

Dire que nos hommes politiques ne savent pas communiquer est un doux euphémisme !
Et pourtant ! Qui plus qu’un homme politique devrait pouvoir faire partager ses idées, ses convictions ?
Or, que constatons-nous ? non seulement une défection grandissante des Français lors des consultations électorales, mais un en plus un véritable désintérêt pour la chose politique.
Désintérêt ? Pas vraiment : les discussions à caractère politique ont toujours leur place dans les réunions de familles, les dîners entre copains ou lors de la pause-café.
Et pourtant ! Comment expliquer des débats souvent passionnés en cercle restreint, mais des réunions publiques devant des salles vides ou, au mieux, devant un auditoire clairsemé ?
Il faut un sujet porteur, comme le referendum pour l’adoption du Traité Constitutionnel Européen pour réveiller les passions. Mais là encore, il est frappant de constater le fossé qui existe entre la “France d’en bas“ et le milieu (relativement fermé) mediatico-politique.
Ne serait-il pas là, le nœud du problème ?

J’entends déjà les hauts cris du petit cénacle politico-initié : les hommes politiques ne savent pas communiquer ?
Mais le Politique est par essence un communicateur !
Il l’est, ou du moins, il devrait l’être.
Il l’est quand il s’exprime devant les médias. Il l’est quand il harangue les foules lors de grands meetings.
Il l’est… en apparence.
Entendons-nous bien : ce ne sont pas ses qualités de tribun qui sont en cause. Non, ce qui pose problème, c’est son message, le fond et non la forme.

Avant tout, il faut prendre en compte une spécificité française.
Oserais-je une comparaison ?
Regardez les amateurs de belles voitures se presser au tour des modèles exposés au Mondial de l’Automobile. Ils compareront les performances ; admireront les lignes, apprécieront le confort… et s’en retourneront chez eux les yeux remplis d’étoiles, avant de reprendre leur bonne vieille voiture et de replonger dans l’enfer des embouteillages. Ils auront rêvé quelques instants…
C’est exactement ce qui se passe lors des conventions, congrès, réunions politiques de toutes sortes : un moment de rêve, l’espoir d’un avenir meilleur.
Ecoutez-les sur le trajet du retour :
« Qu’est-ce qu’il parle bien Untel ! »
« Maintenant, ça va changer… »
« C’est l’homme qu’il nous faut ! »
Encore faut-il que le trajet ne soit pas trop long, car là le bon vieux scepticisme français reprend le dessus :
« Non, c’est bien, mais attendons de voir… »

Le voilà, le mot qui tue !
Qui tue l’espoir !
Attendons !
Attendre : l’activité favorite du Français !
Car on peut tout lui demander au Français. Il est partant pour tout. Jamais il ne refusera d’aller de l’avant. Il est prêt à toutes les audaces, mais… après !
Après quoi ?
Mais après avoir attendu !
Ne jamais faire aujourd’hui ce que l’on peut remettre à l’an prochain.

D’ailleurs les médias ne manquent jamais de rappeler que telle ou telle mesure impopulaire a été “prise à chaud“, sans le “recul nécessaire“ voire “dans la précipitation“. Avant toute décision, ne conviendrait-il pas de former une commission ? De lui laisser le temps de réfléchir et de rédiger un rapport ? D’étudier ce rapport ? Avant de le mettre soigneusement dans un tiroir car “le moment n’est pas venu“. En réalité, le plus souvent, soit le moment est passé, soit les Français ont oublié ce qui est à l’origine du rapport !

Longue digression, ne direz-vous, qui ne concerne en rien la capacité à communiquer du Politique.
Que nenni !
C’est l’un des points fondamentaux dont il faudra tenir compte pour tout acte communicant :
Comme les mathématiques ont leurs théorèmes, comme la physique a ses principes ; la communication a ses règles.
On peut les contourner, on peut parfois passer outre, il faut souvent les violer, mais on ne peut jamais les ignorer.

La première de ces règles est de poser clairement le problème... (à suivre)

30/05/2005

Petite réflexion sur les OGM

Grand combat des défenseurs de… de quoi d’ailleurs ?
José Bové défend-il autre choses que ses intérêts personnels ?
Peu importe, en tout cas je constate avec un certain amusement que les défenseurs des produits “naturels“, les pourfendeurs des OGM, ne s’élèvent pas contre certains produits : leur colère est particulièrement ciblée.

Voici ce que l’on peut lire sur un site :
“MARA DES BOIS, une stratégie de marque !
MARA DES BOIS aujourd'hui reconnue comme le haut de gamme de la fraise, est rentrée dans la liste très limitée et très convoitée des références et particularités gastronomiques françaises au même titre que le champagne, le foie gras... etc.
Véritable succès commercial, elle continue sa progression avec les confituriers et les industriels de la transformation qui l'ont également retenue pour ses qualités et son nom très porteur. C'est le consommateur qui la demande.
• MARA DES BOIS CONTINUE DE SÉDUIRE "LA RÉFÉRENCE"
Seule variété remontante ayant atteint un tel degré de NOTORIÉTÉ, MARA DES BOIS apparaît de plus en plus comme la valeur sûre de l'assortiment variétal.
• SEGMENTATION STRATÉGIQUE "HAUT DE GAMME" RÉUSSIE
MARA DES BOIS est aujourd'hui considérée par le consommateur et la filière fraise toute entière comme une fraise haut de gamme "une MARQUE" une référence à tout point de vue qui justifie son différentiel de prix.
• DES QUALITÉS AGRONOMIQUES CONFIRMÉES
Parfaitement adaptée à toutes les zones de production et à tous les itinéraires techniques sol et hors sol, MARA DES BOIS se programme pour être présente sur les marchés 6 mois par an.“

Vous avez bien lu : une stratégie de marque ! Une production programmée…
Voilà un fruit, apprécié, réclamé… qui pourtant est issu d’une recherche, d’une sélection, de croisement…
Or, en quoi consiste ce genre de croisement si ce n’est à réunir les qualités de diverses variétés, autrement dit… de les modifier génétiquement !
Certes, cela se pratique depuis des siècles, mais en y réfléchissant bien, qu’est qui est le plus sûr ? Des croisements, forcément empiriques ou une recherche menées avec soin en laboratoire, entourée de toute les garanties scientifiques ?
Je ne prétend pas apporter de réponse, mais plutôt ouvrir le débat !

Référendum : et maintenant ?

Les Français ont choisi en leur âme et conscience. Ont-ils réellement voté contre le texte ? En ont-ils bien perçus les enjeux ?
Espérons néanmoins qu'ils ne seront pas à nouveau déçus.
Je ne veux pas mélanger les voix de ceux qui ont sincèrement cru faire progresser l’Europe en rejetant le traité avec celles des extrémistes qui n’ont vu là qu’un moyen de se remettre en selle, mais quand on nous dit qu’il va bien falloir tenir compte des aspirations des Français, desquelles parle-t-on ?
Entre ceux qui reprochaient au texte de reconnaître les droits à l’égalité des minorités et de ne pas prendre en compte les fondements chrétiens de l’Europe, ceux pour qui une Europe forte entraînerait la disparition de la France, ceux qui trouvaient qu’on n’allait pas assez loin dans le domaine social, ceux qui souhaitaient plus de fédéralisme… il y a autant de différences que de contradictions.
En attendant, ceux qui dénonçaient l’aspect trop social du texte se frottent les mains : c’est la fête dans les milieux financiers de Londres !
Maintenant attendons de voir : d’ici fin de la semaine doit être conclu l’accord sur le temps de travail. Voilà des semaines que Gérard Larcher, le ministre de l’Emploi se bat, quasi seul contre tous, pour essayer d’imposer une limitation du temps de travail à 48h contre les 65 voulus entre autres par les Anglais. Aura-t-il encore la crédibilité nécessaire pour y arriver ?
Je connais l’homme : il n’est pas du genre à baisser les bras et il se battra jusqu’au bout. Mais que peut-il faire, seul ?
La baisse de la TVA pour les restaurateurs devrait également être à l’ordre du jour : comment réagiront les Allemands, principaux opposants au projet ?
La politique agricole va être rediscutée. Là encore la France a souvent été isolée : quelles en seront les conséquences pour nos agriculteurs ?
Ce ne sont là que quelques-unes des questions que je me pose aujourd’hui, et j’avoue être assez pessimiste. Mais je ne demande qu’à être démenti et je serais vraiment heureux de me tromper.
Mais pour le reste, je regrette qu’on ait laissé passer une occasion de rendre cette Europe, à laquelle je reste malgré tout très attaché, plus démocratique et de rendre aux politiques le pouvoir confisqué par la bureaucratie bruxelloise.

27/05/2005

Constitution européenne : revenir aux vrais enjeux

Voici un extrait d'un texte rédigé par celui qui, en France, connait le mieux le traité. Le sénateur Hubert Haenel, président de la délégation pour l'Union Européenne, a non seulement été l'un des membres de la convention, mais il a également participer à la rédaction de la Charte des Droits fondamentaux.

Il faut toujours revenir à la question à laquelle, le 29 mai, les Françaises et les Français devront répondre par “oui“ ou par “non“ : “Approuvez-vous le projet de loi qui autorise la ratification du traité établissant une Constitution pour l’Europe“.
C’est à cette question et à elle seule qu’il faudra répondre. Et il n’y aura qu’un seul tour.
La question ainsi posée aux Français est toute simple : voulons-nous donner à l’Europe les moyens dont elle a besoin pour défendre ses valeurs, son identité, ses intérêts, son influence dans le monde ?
Avec le traité constitutionnel, nous construisons une Europe plus indépendante, plus forte, une Europe qui puisse défendre son mode de vie, sa place dans le monde.
En disant oui au traité constitutionnel, nous répondons à la vocation que le Général de Gaulle assignait à l’Europe en 1964 : « Une Europe européenne signifie qu’elle existe par elle-même, autrement dit qu’au milieu du monde, elle ait sa propre politique ».
C’est-à-dire qu’il faut complètement écarter du débat les considérations de politique intérieure.
Il ne s’agit pas de dire oui ou non au Président de la République, à son Premier Ministre, à son gouvernement, à Laurent Fabius, à Jean-Marie Le Pen, à Marie-Georges Buffet, à Philippe de Villiers.
Il faut toujours garder à l’esprit que nous sommes devant un texte bien spécifique.
Le traité constitutionnel a ceci de nouveau et d’original qu’il n’a pas été préparé par des gouvernements. Il a été élaboré par une enceinte, la Convention, où les représentants des gouvernements étaient présents, certes, mais très minoritaires ; la grande majorité de la Convention, c’étaient des représentants des parlements (parlements nationaux et Parlement Européen) et ce sont eux qui ont joué le rôle décisif au moment du compromis final. La Conférence intergouvernementale qui a suivi a repris, pour l’essentiel, les résultats des travaux de la Convention ? La Constitution Européenne n’est donc pas née de tractations entre les gouvernements : elle est d’abord l’expression de la démocratie parlementaire européenne.
Et la Constitution – faut-il le répéter ? – n’est ni de droite, ni de gauche. La Convention, qui statuait par consensus, était partagée à peu près pour moitié entre “gauche“ et “droite“. La Conférence intergouvernementale, qui s’est prononcée à l’unanimité, comprenait des gouvernements de gauche comme de droite. Le nouveau traité, en réalité, traduit la communauté de vues de 25 pays.
Il n’y a donc aucun sens à faire intervenir des considérations de politique intérieure. On est dans la politique européenne, point final. Et la Constitution exprime ce en quoi les 25 pays membres sont d’accord.
C’est pourquoi la position de ceux qui se réclament d’un NON qui serait “pro-européen“ me laisse perplexe. Etre pour le NON quand on est souverainiste est une attitude cohérente et naturelle. Etre pour le NON tout en se réclamant de la construction européenne me paraït être une fuite hors de la réalité. L’Europe n’est pas la France en plus grand. C’est un ensemble de 25 pays, et bientôt plus, chacun avec son histoire, sa vie politique, sa situation économique, ses problèmes prioritaires. Etre Européen, c’est accepter que la France soit une des composantes de cet ensemble où les autres ont, autant que nous, le droit de défendre leurs intérêts et leur vision des choses. La Constitution européenne, qui est le résultat d’un patient travail d’élaboration de plus de deux ans, est l’expression de la volonté partagée des 25 membres. Voudrait-on repartir de zéro que l’on arriverait, dans le meilleur des cas, à un résultat inférieur, si ce n’est à un échec. Croire que le NON permettrait d’obtenir un texte allant plus loin dans l’intégration, c’est tout simplement une vue de l’esprit.

25/05/2005

Le syndrome de Clovis

"Courbe la tête, fier Sicambre, abaisse humblement ton cou. Adore ce que tu as brûlé et brûle ce que tu as adoré".
En ce jour de Noël 496, en prononçant cette phrase, Rémi, archevêque de Reims ne savait pas qu’il allait durablement influencer la société française.
Prémonition ou malédiction ? Toujours est-il qu’aujourd’hui encore les Français ne manquent pas une occasion de mettre en pratique cette injonction !

J’appartiens à cette génération qui a encore connu de vrais cours d’histoire, à une époque – pas si lointaine – où le but de l’école était de donner à tous les élèves des bases solides. On y apprenait à lire et à écrire, les dictées n’étaient pas préparées, il fallait retenir par cœur un certain nombre de dates importantes, nous récitions aussi bien les fables de La Fontaine que les tables de multiplication…
Les instituteurs, serviteurs de la République, avaient choisi ce métier par vocation. L’intérêt de l’élève était une réalité, pas une façade : il ne servait pas à justifier une grève !
Nostalgie ? Non, les temps changent… la société aussi.
Mais les vieux démons sont toujours là : “Adore ce que tu as brûlé et brûle ce que tu as adoré".

Pourquoi ce rappel du passé ? Parce que cette phrase nous l’avons apprise. Elle s’est insinuée en nous. Insidieusement elle a conditionné notre comportement.
Soyons franc (ce qui, évoquant Clovis, est le moins que l’on puisse faire), je doute fort qu’un élève, un collégien voire un lycéen connaisse cet épisode de notre histoire, mais en quinze siècles le mal a eu le temps de se répandre. Il est là solidement ancré dans notre inconscient collectif ! Le français est versatil, changeant… ce qu'il a honni hier, il l'encensera demain.

Seul le fou ne change pas d'avis, je le sais bien, mais avouons qu'il y a des limites quand même !

24/05/2005

Europe... encore !

Si le NON l'emportait dimanche, je serais réellement déçu.
Qu'auront nous gagné ?
La bureaucratie bruxelloise sera toujours là, nous aurons perdu l'occasion de la freiner dans ses élans règlementaires.
La Commission en ressortirait renforcée avec 1 commissaire par pays (25 aujourd'hui, 28 dans 3 ans) alors que le traité limite ce nombre.
Le traité permet de fixer ses domaines de compétence : ils resteront toujours aussi flous.
Le soi-disant aspect libéral que dénoncent certains serait toujours bien présent (il est compris dans la partie 3 du traité, c'est à dire l'existant qui continuera à être appliqué).
L'unanimité restera la règle au Conseil : un pays comme Malte (400 0000 habitants) pourra bloquer toute décision qui ne lui conviendrait pas.
La voie de la France sera moins forte (9% des voix contre 13 en cas d'adoption du traité)
Les quelques avancée sociales arrachées à nos partenaires seront balayées et (mais ce n'est là que mon avis, même s'il est partagé par la plupart de ceux qui ont participé aux négociations) enterrées pour longtemps.

Donc mon choix est clair : entre faire un pas (même un petit) en avant ou rester sur place, il n'y a pas photo.

J'espère simplement qu'à l'issue de cette consultation, et quel qu'en soit le résultat, les médias s'interesseront un peu plus à l'Europe.
Encore une fois (je sais que je me repète) je ne comprends pas pourquoi on ouvre le journal de 20 h avec la visite du président afghan Hamid Karzaï à Washington et que l'on passe sous silence son intervention devant le Parlement Européen à Strasbourg. Pour nous français était-il plus important de le voir remercier le président Bush pour l'intervention américaine ou de l'entendre dire : "Nous sommes venus essentiellement pour remercier l'Europe de l'aide qu'elle nous a apportée".

S, comme je l'espère, le OUI l'emporte, le combat ne sera pas terminée : nous devrons exiger de nos élus nationaux qu'ils exercent pleinement leur nouveau pouvoir de contrôle sur les futures lois européennes pour que l'on entende plus jamais :“c'est la faute de l'Europe". Avec ce traité, cette excuse ne pourra plus être admise !

Ceux qui rèvent d'une Europe ultra-libérale, qui veulent nous imposer les 65 heures hedbomadaires, qui veulent casser la PAC, et j'en passe… se frottent déjà les mains. Ne leur faisons pas ce plaisir !
Le OUI sera une cinglante défaite pour eux.

23/05/2005

Le plan B

Certains tenants du NON pensent qu’en refusant le traité, cela obligerait les 25 à renégocier.

Renégocier ? Avec qui ?

Le Royaume-Uni qui juge ce traité trop social ? Aujourd’hui la France se bat pour essayer d’imposer une limitation du temps de travail à 48 heures. Le Royaume -Uni campe sur ses positions : il n’est pas question de descendre sous 65 heures !
L’Espagne et la Pologne qui, par rapport au traité de Nice, sont perdantes en nombre de voix ?
Les pays nordiques, qui pourraient profiter d’un affaiblissement de la France pour remettre en cause une politique agricole qu’ils n’ont jamais vraiment acceptés ?
Les textes faisant référence aux services publics ont été adoptés in extremis le dernier soir à 21h, grâce au soutien des représentants allemands. Les différents élus allemands que j’ai rencontré au cours de cette campagne ne comprennent pas l’attitude des Français : si le NON devait l’emporter, ce serait la première fois que nos deux pays seraient divisés depuis la création de l’Union ! Or, n’oublions jamais que cette alliance, jusque-là solide, était a priori contre nature : l’Allemagne a, tout au long de son histoire, été tournée vers ses voisins de l’Est, la Pologne, la République Tchèque, la Slovaquie…Ce lien a été rompu par le Rideau de Fer, cet obstacle n’existe plus ! Si la France, qui est de toute évidence le pays qui a obtenu le plus de concessions de la part de ses partenaires, et cela grâce au soutient de l’Allemagne, devait rejeter le traité, cela compromettrait durablement nos relations. En effet, comment nos voisins d’outre-Rhin pourraient-ils encore nous accorder leur confiance ?

Concernant ces services publics, n’oublions pas que nous parlons ici de l’Europe dans sa diversité et non pas d’une France étendue. Concernant le terme de “service d’intérêt général“ il est tout simplement la traduction la plus fidèles du terme employé dans les autres langues : toute l’Europe ne parle pas français ! Enfin, ce qui est un service public dans l’un des pays ne l’est pas forcément dans un autre : le système français n’est pas applicable à tous. Doit-il l’être ? Nos services publiques sont-ils vraiment si performants ?

Le SMIC européen que réclame certains ? Cette proposition démontre une totale méconnaissance du système de fonctionnement des autres pays. Plusieurs d’entre eux, dont l’Allemagne, n’ont pas de SMIC, mais négocient les salaires branche par branche. Pour ces pays, on transformerait profondément les modalités de fixation des salaires en introduisant les pouvoirs publics dans une négociation jusque-là paritaire. Quel serait l’avantage ?
A l’est de l’Europe, les bas salaires se situent entre 200 et 300 euros par mois. Si l’on fixait un SMIC au niveau français, l’économie balbutiante de ces pays ne s’en relèverait. Si, au contraire, on définissait un SMIC moyen (qui de fait serait largement inférieur au SMIC français), comment réagiraient les salariés français ? Regardons un peu en arrière : rappelez-vous ldu niveau de vie de l’Espagne lors de l’adhésion de ce pays, regardez ce qu’il est aujourd’hui.

Enfin, l’harmonisation fiscale proposée par la France, rencontre au veto quasi général des autres pays. Là encore, laissons le temps au temps !

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